Baba, un homme bon!

Baba Souleymane Konkobo

Je vais vous parler d’un homme que je n’ai pas eu la chance de connaître mais que j’admire et respecte profondément. Un homme bien, bon et valeureux dont mes belles sœurs et moi avons eu le plaisir de porter et de mettre au monde les petits enfants. Il s’appelait Souleymane Konkobo, ses enfants l’appelaient Baba (papa en langue mooré) et c’est notre beau père. 

Tous ceux qui m’ont parlé de lui me dise la même chose : “c’était un homme bon!” ou “il émanait de lui une infinie bonté et beaucoup de joie” “il avait un beau sourire serein”. Un seul article ne pourra pas lui rendre tout l’hommage qui lui est dû mais vous fera découvrir cet homme inconditionnellement burkinabè et exceptionnellement bon. 

Son histoire est celle de ces milliers d’hommes et de femmes burkinabè qui un jour ont quitté leur pays pour aller travailler dans la sous région Ouest africaine et surtout en Côte d’ivoire. Ces héros du quotidien qui ne sont que des chiffres et des statistiques pour certains mais dont les vies sont de véritables leçons de courage, d’audace et de détermination. 

Baba lui était profondément attaché à ses racines et à sa famille restée au Burkina Faso et a fait en sorte que tous ses enfants connaissent leur pays et leur famille en y revenant souvent pour les vacances. Il a toujours eu pour objectif de rentrer définitivement au pays avec femme et enfants après sa retraite. Il en sera ainsi. 

Baba est né à Kandar Zana avec un seul rein. Cette singularité physique n’est que le début de sa singulière et si enrichissante vie. Musulman pratiquant, il est l’unique enfant connu d’un père mossi et le seul fils de sa mère gourounsi qui eut ,après la disparition de son mari, une fille d’un second mariage. Il était l’un des porteurs de masque de son village, rôle qui n’est confié qu’aux initiés. Très jeune il part d’abord à l’aventure au Ghana où entre autres métiers il est tailleur

Puis il part pour la Côte d’ivoire où il emporte avec lui entre autres choses, sa machine à coudre et sa détermination. Il trouve du travail à Abidjan à la Chambre de Commerce comme gardien. Il revient souvent au Burkina, plus précisément à Latodin (vers la ville de Yako) où est affecté son cousin en tant que catéchiste.

Lors d’un de ses séjours au pays, il jette son dévolu sur une belle et fière mossi qu’il épouse et fait venir à Abidjan pour le rejoindre. Très réticente au départ selon des témoignages et ses propres aveux, il su la convaincre et la rassurer. L’un des avantages de son emploi était d’avoir un logement et c’est dans cette villa qu’ils ont vécu pendant près de 20 ans.

Ma belle mère me racontait souvent, avec beaucoup de fierté et de nostalgie que de nombreuses femmes courtisaient son mari à cause de sa beauté mais « qu’il ne les voyait même pas et n’avait d’yeux que pour elle »! La suite de son histoire vous fera comprendre à quel point il l’a aimé ainsi que ses enfants.

Marié tard, Baba eu son premier enfant à la quarantaine. S’en suivront 6 autres, 7 enfants donc dont 6 garçons et une fille. Tous mes respects à ma belle mère parce que éduquer 6 garçons relève de l’exploit! À Abidjan, le couple a accueilli et élevé de nombreux neveux et parents pour quelques jours ou pour plusieurs années; au Burkina Faso, il a assuré le soutien à plusieurs autres neveux et parents. 

Il vint alors à l’idée des parents restés au Burkina de lui envoyer une seconde épouse pour parfaire, selon eux, ce bonheur. Seconde épouse que Baba confit très rapidement pour ne pas dire donne à un de ses neveux sur place à Abidjan qui l’épouse. Les anecdotes de ma belle mère sur cet épisode de leur vie sont cocasses.

Toujours à la recherche du mieux être de sa famille, illettré Baba comprit très vite l’importance de l’instruction et notamment des bonnes écoles. Baba inscrivit alors chacun de ses enfants dans des écoles privées catholiques  sérieuses à Abidjan (l’École Jean Bosco notamment qui a produit nombre de hauts cadres ivoiriens)  pour qu’ils y reçoivent la meilleure éducation scolaire possible. Ses enfants tirent encore les bienfaits de cette décision de visionnaire.

Passionné d’élevage il a investi dans des têtes de bétail et dans l’agriculture. Malheureusement les contrats étant verbaux à l’époque, beaucoup de ses biens furent spoliés ou perdus. Mais avec la diversité de ses investissements il a donné le meilleur aux siens tout en gardant les deux pieds sur terre. 

Baba accompagnait son épouse au marché pour l’aider à faire ses courses quand il était disponible. Le dimanche était le jour de lessive où, pour soulager sa femme, il lavait lui même tous les habits de la famille. C’était aussi un jour privilégié pour les enfants parce que chaque enfant passait la journée avec lui à son lieu de service, à tour de rôle et l’aidait pour l’entretien général de l’enceinte de la Chambre de commerce et la lessive hebdomadaire. Mon mari me raconte que ces dimanches avec lui étaient vraiment des moments privilégiés de bonheur pour eux de causeries, de joies et de partages avec leur père. Le bonheur c’est finalement peu de choses…

Il a ouvert pour sa femme une boutique devant leur porte pour lui permettre d’avoir une activité génératrice de revenus pour la famille. Leur maison disposait de la première télévision du voisinage et est vite devenu le lieu de rassemblement des grands et des petits pour la suivre mais aussi pour s’amuser et discuter. Les talents culinaires de ma belle mère y étaient peut être aussi pour quelque chose…

Les visiteurs connus et inconnus étaient biens accueillis et servis. Baba empêchait même ses enfants de jouer à l’heure de la sieste pour que les voyageurs, surtout nomades, de passage puissent dormir et se reposer aussi longtemps qu’ils le voulaient. Tout manquement aux règles était passible d’une menace d’être battu avec sa “crawasse » (c’est comme ça qu’il le prononçait selon mon mari), cravache qu’il brandissait mais qui n’a jamais atteint personne selon ses enfants. 

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 Troisième décoration! 

Les années sont passées, il fut décoré à 3 reprises pour son travail et son intégrité par la Chambre de Commerce à Abidjan.  Puis vint l’âge de la retraite et Baba décide de rentrer vivre au Burkina avec femme et enfants. Malgré les réticences de certains et un retour difficile pendant les premiers moments, il les a tous ramené finalement vivre dans la maison qu’il a construit à Ouagadougou à Zogona. 

Konkobo signifie en réalité en mooré “kong naam kon kong koob yéé” traduction approximative “si nous n’avons pas eu la royauté nous ne manquerons jamais de cultiver  (travailler)”. Tout est dans le nom! Konkobo Souleymane n’était pas nanti mais il a toujours travaillé dur pour offrir le meilleur à sa famille en leur inculquant des valeurs saines et solides: l’amour inconditionnel de sa famille, le respect, l’intégrité, le courage, la foi, le travail et l’amour du prochain. 

Seul musulman de sa famille composé de catholiques et de protestants, il est resté croyant pratiquant et a donné à ses enfants une bonne éducation tout en leur inculquant l’esprit d’ouverture et l’acceptation des autres dans toutes leurs diversités de cultes, de croyances et d’origines. Il est la preuve que le travail et l’intégrité payent et que la bonté peut être personnifiée. Ses enfants parcourent désormais le monde sans crainte armés de cette éducation et de ses valeurs qui n’ont pas de prix. 

Baba nous a quitté le 13 Août 1998, lâché par son seul rein qui avait fait de son mieux pour le porter pendant plus de 73 ans.  Il a été suivi 3 ans plus tard en 2001 par son unique fille chérie et  le 31 Mai 2015 par sa chère et tendre épouse. Nul doute qu’ils veillent tous sur leur famille. 

Je ne sais pas ce qu’est pour vous la réussite mais  si plus tard, nos enfants parlent de leur père comme mon mari parle du sien nous aurons réussi! Si nous arrivons à donner à nos enfants l’éducation que nous avons reçue de nos parents nous aurons réussi. C’est le bien le plus précieux que nous pouvons leur laisser. Prenez le temps d’aimer et de profiter de vos enfants et de vos conjoints, ces moments inestimables resteront à jamais gravés dans leurs mémoires.

Merci d’avoir une pensée pieuse pour notre Baba adoré parti il y a 18 ans.  Je n’ai pas eu la chance de le rencontrer mais  je découvre ses traits physiques sur mes enfants et mes neveux et nièces et j’espère aussi retrouver ses traits moraux en eux. Nous ferons de notre mieux pour que perdurent ses valeurs. Il fait incontestablement partie de mes inspirateurs!

Fatim, épouse et heureuse maman de 3 magnifiques Konkobo

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