A nos mérites!

a nos mérites

S’il y a une valeur qui me tient particulièrement à cœur c’est la valeur du mérite. Elle est selon moi une valeur indispensable à la construction de tout être humain et de toute société solide et intègre. Apprendre à ses enfants à mériter un bien, leur apprendre le respect et la confiance en soi est le meilleur héritage que vous puissiez leur laisser.

Je connais malheureusement des personnes âgées, immensément riches, puissantes, qui ont bâti des sociétés florissantes, des empires économiques imposants mais qui ne peuvent pas partir à la retraite parce qu’ils savent que leurs héritiers biologiques peuvent, en 6 mois, couler l’œuvre d’une vie. Dilapider l’héritage, et pire, endetter la société et souiller l’image de toute leur lignée. Si certains ne savent pas passer la main, d’autres ne peuvent tout simplement pas le faire. Ils vivent dans la crainte et les remords, rongés par le regret de ne pas avoir donner à leurs héritiers les valeurs de base: le respect, la gratitude, la dignité, les notions du travail bien fait et de mérite.

Choyer ses enfants est naturel mais en faire une norme d’éducation exclusive leur montre que l’on peut tout obtenir même si on ne le mérite pas. Si votre enfant mérite de redoubler une classe, laissez le redoubler, s’il ne mérite pas une sortie, un voyage, un jouet, un vélo, un téléphone, un biscuit, un bonbon ne le lui donnez pas. Si vous lui montrer qu’il peut transgresser les règles et obtenir de vous une récompense malgré tout, vous lui apprenez que les règles n’ont aucune valeur.

Mes deux parents étaient enseignants. Mon père, fondateur d’un groupe scolaire, m’a dit qu’il preferait souvent échanger avec des parents illettrés plutôt qu’avec des intellectuels. Il m’a dit que par expérience si il disait à un parent illettré que son enfant n’avait pas 10 de moyenne et qu’il ne méritait pas de passer en classe supérieure celui ci trouvait cela logique. La moyenne c’est 10, si tu ne l’as pas tu ne passes pas. Parce que ce parent sait que pour que son enfant puisse être scolarisé dans une école privée, il a fallu que lui, le parent, mérite chaque centime qu’il a obtenu.

Tandis que le parent intellectuel prenait des heures à expliquer que 9,65 c’est presque 10, et de promettre que si l’école laisse passer son enfant, il prendrait le soin de lui trouver des professeurs pour le remettre à niveau. Il négociait ardemment, usait de son verbe, alliait promesse et menace voilée, sans prendre la mesure de sa propre responsabilité face à ce parcours peu glorieux de son enfant.

A votre avis quelle leçon chacun de ces enfants retiendra du choix de ses parents?

Il y’a des élèves venant d’autres écoles ou d’autres pays qui passaient en classe de 3ème à qui mon père a fait reprendre la 4ème et même la 5ème (non sans résistance), qui ont plus tard obtenu le BEPC et le BAC avec de belles mentions. Inutile de vous expliquer que cela s’appliquait d’abord à nous, ses enfants. La valeur du travail bien fait et du mérite. Ce n’était pas une valeur optionnelle pour nous.

Quelque soit le pays où l’on se trouve avec elle, si ma mère fait un achat et se rend compte après que le vendeur lui a remis plus que sa monnaie, elle retourne lui remettre son argent. Il n’est nullement besoin de tenter de la convaincre de ne pas le faire, d’ailleurs vous y retournez avec elle. Que ce soit 100 frs ou plus 5000 frs ça n’a aucune importance. Elle ne garde pas de l’argent qui ne lui appartient pas. Ça c’est éduquer par l’exemple. Elle et mon père nous ont appris à mériter ce que nous gagnons et à respecter ce que les autres gagnent. 

Ma mère nous a toujours dit « si vous refusez de voir pleurer aujourd’hui votre enfant pour son bien, demain vous risquez de pleurer à cause de lui. » Les enfants sont de grands psychologues et si vous cedez une fois, puis deux, ils savent que vous pouvez ceder sur vos propres valeurs et qu’en jouant les victimes ils peuvent vous amadouer.

Mes enfants (bientôt 8 et 5 ans) avec leurs magnifiques sourires et leurs larmes supposées ou forcées ont testé et testent mes limites. Tous les jours. Par exemple si un enfant ne termine pas son déjeuner il n’y a aucune chance qu’il mange un goûter. Le goûter c’est pour combler un creux, creux qu’il ne peut pas avoir puisqu’il dit ne pas avoir faim. Si tu as faim tu termines ton déjeuner, à 12h30, à 15h ou à 18h. Dans tous les cas, tant que ce déjeuner n’est pas terminé il n’y aura pas un autre repas pour lui. Il ne vit pas à l’hôtel et la nourriture se respecte.

Il y’a une de mes filles qui a résisté un jour jusqu’à 18h, vaincue par la faim, ayant tenté de faire pitié après près de 5h de jeûne, elle est allée toute seule et très calmement terminer son plat, qu’elle est venue ensuite me montrer vide. Depuis nous nous comprenons mieux. Ça ne l’empêche pas de me tester sous une autre forme mais je tiens bon. C’est dur, c’est difficile parfois, ils font pitié mais je sais pourquoi je le fais. Maintenant, ils s’auto-regulent entre eux. Ils savent que ça ne passera pas et ils se conseillent en ces termes « manges ton repas, tu connais maman, tu n’auras pas de goûter ». Il y’a des millions d’enfants qui donneraient tout pour n’avoir qu’un seul repas par jour.

Si aujourd’hui nous rencontrons des personnes qui se disent que tout s’achètent ou que tout peut s’obtenir par des raccourcis ou par la facilité c’est parce que ces personnes n’ont pas appris à meriter ce qu’elles ont. Le changement commence par nous, par un exemple, par un bonbon, un jouet, une sortie, un gouter, un voyage qui se mérite. Si vous voulez batir durablement, assurez vous de bâtir sur du solide, sur des valeurs positives et fortes.

Quand mon aînée a perdu sa première dent, la petite souris à travers moi, lui a déposé une pièce de 100 frs CFA sous son coussin. Opération très délicate croyez moi cool. Moi j’ai eu quand même droit un matin à mon coq après que ma mère ait « lancé » ma dent dur le toit de notre maison la veille au soir. La belle époque! Mais revenons à nos 100 frs CFA.

Avec ses 100 frs, ma fille avait prévu d’acheter un vélo à sa sœur et des jouets pour son frère et elle… mais ça c’est une autre histoire. C’est beau l’enfance! A la deuxième dent, même opération et même montant. Le lendemain elle me dit que 100 frs c’est peu. J’avais hâte que la troisième dent tombe. Je me suis dite « est ce que cet enfant sait comment c’est dur d’avoir 100 frs CFA? ».

A la chute de sa 3 ème dent, la petite souris lui a laissé 25 frs CFA. A son réveil elle était surprise, plutôt désagréablement. Je lui ai dit « c’est parce que tu as estimé que 100 frs c’était peu, aujourd’hui elle t’a donné 25 frs. C’est selon elle ce que tu mérites. Un cadeau tu l’acceptes et tu dis merci tout simplement. Qu’il soit peu, petit, c’est un cadeau que la personne te fais selon ce qu’elle a. On ne juge pas un cadeau. » Depuis elle ne s’est plus plainte des cadeaux de notre très chère petite souris. Quelle coquine cette souris!

Nous ne sommes pas parfaits, moi la première, mais nous savons qu’il y’a des valeurs qui nous permettent aujourd’hui de vivre, d’avancer, d’être des personnes résilientes et respectueuses de nous mêmes, des autres et de leurs biens. Le transmettre à nos enfants serait leur plus bel héritage. Aimons les sainement. Ne compensez pas votre absence par des biens matériels que selon vous ils méritent pour avoir supporté votre absence. Vous et moi savons la saveur particulière, teintée de fierté qu’à ce que l’on a mérité. Donnons leur la chance de découvrir cette saveur unique.

  • J’aime cette citation! Je sais que vous meritez une merveilleuse journée… du moins que l’espère wink.

A nos mérites!

Tim

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